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Un mois de stage à Bricabracs – Retour d’expérience

 Un mois de stage à Bricabracs – Retour d’expérience

Ce qui m’étonne, c’est de ne pas m’être étonnée plus que ça. En fait, je crois que l’école classique m’étonne d’avantage, par son incongruité. Bricabracs, c’est l’école du bon sens :

  • Il y a l’espace pour se dépenser, bouger, s’amuser. Dans un espace autrement plus accueillant, que le béton grillagé d’une cour de récréation.
  • Une classe unique plutôt que de se fatiguer en vain à essayer d’homogénéiser la classe, les activités, les enfants. La diversité est tellement plus saine et naturelle.
  • Toutes les situations sont prétextes à éduquer : les enfants font le ménage parce que quand on salit, on nettoie ; en faisant le pain, on révise les unités de mesure et on apprend à travailler en équipe ; en construisant une cabane, on travaille sa géométrie ; en choisissant collectivement un nom aux poules on découvre les diverses modalités de vote.
  • On jardine parce que l’école primaire, c’est l’apprentissage des bases et que savoir comment ça pousse est peut-être plus essentiel que de connaître les COD et la bataille de Marignan, 1515.
  • On ne concocte pas des projets de classe tout beaux en amont mais on laisse émerger les idées et envies des enfants et on s’occupe, avec eux, de leur donner vie. (Super soirée pyjama !)
  • La petite taille de la structure permet une flexibilité qui laisse place aux ajustements et à la nouveauté.
  • L’autonomie offerte et imposée aux enfants les oblige à faire preuve de bon sens, au quotidien.
  • Les maternelles ont une charge de travail moins importante que les grands et donc beaucoup de temps pour jouer librement, dehors ou dedans.
  • Il n’y a pas cette distance formelle entre les éducateurs et les enfants parce que la familiarité n’empêche pas de faire preuve d’autorité quand c’est nécessaire.
  • Les éducateurs sont exigeants avec les enfants, avec la volonté de toujours les tirer vers le haut, de les sortir de leur zone de confort, chacun à un endroit différent, selon ce qu’ils doivent travailler (comportement, compétences...).
  • Et surtout surtout, Bricabracs est une école où on apprend à vivre ensemble. C’est le cœur, le nœud et la beauté de cette école. C’est aussi ce qui lui donne sa dimension politique. Je dois admettre que je me suis laissée bluffée par les temps d’assemblées.

C’est quand même magique de voir que les enfants se débrouillent très bien sans nous, en collectif. La première fois que j’ai assisté aux présentations (c’est le moment où les enfants volontaires peuvent présenter un objet, souvent un jouet, à la classe), j’ai dû réprimer mes fous rires. Voir cette assemblée de petits bonhommes et bonnes femmes, fonctionner comme celles des grandes personnes mais avec des préoccupations purement enfantines, c’est incroyable. Voilà donc Yaquin, 4 ans, qui présente son dauphin-peluche à l’assemblée en lui faisant prendre des poses absurdes puis qui termine par le très sérieux « On passe aux questions. » Et les questions fusent, quel succès ! « Est-ce que tu peux retordre le nez à ton dauphin pour voir ? » « Il a quel âge ton dauphin ? » « Tu pourras me le prêter tout à l’heure ? » « Est-ce que tu peux remontrer comment tu fais ressortir ses yeux ? ». « Stop ! Ça fait 5 questions ! », crient les enfants de service (en charge de réguler la parole).

Et puis c’est au tour de Toto, 5 ans, qui présente le mètre de son papa. « Pour quoi mon papa c’est un bricoleur, il a même déjà bricolé une maison ! Ce mètre-là, il fait 3km. » « Quoi ?! », s’étonnent les plus grands. « Ah non pardon, 4km. » « Mais non Toto, il fait 3 mètres ! » « Chut, t’as pas la parole ! » (Intervention du groupe de service). « Ah oui, il fait 3 mètres, et puis à la maison mon père il a un autre mètre grand comme ça, pour quoi des fois il doit mesurer des trucs très grands, comme la Tour Eiffel par exemple. On passe aux questions. »

Après 30 minutes Erwan revient dans le groupe et on s’installe en cercle. On passe à la partie « Problèmes ». Les enfants qui ont rencontré un problème avec une ou plusieurs personnes du groupe se sont inscrits pour pouvoir l’exposer à tout le monde et trouver une solution. Là encore, j’ai été frappée de voir que l’exposition d’un conflit sur la place publique ne dérape pas en accusation, humiliation, délation. Les « accusés » ne se sentent pas agressés. Et ils auraient tort, parce qu’il se trouvera toujours quelqu’un pour prendre leur défense dans l’assemblée, enfant ou adulte. Finalement il y a rarement un vainqueur et un perdant dans la résolution du conflit. Par contre on peut être amené à modifier les règles de fonctionnement. Ce dispositif permet aussi de sortir de « l’interventionnisme » habituel des éducateurs, constamment sollicités pour résoudre les petits conflits entre enfants. Ici, la réponse est souvent : « Ben, tu trouves une solution ou bien tu t’inscris dans les Problèmes. »

Ainsi, Bricabracs fonctionne vraiment à la manière d’une petite communauté (avec tout de même deux gourous, Erwan et Sophie). C’est ce qui rend cette école si passionnante à observer et à vivre. Vivement le film !

 

Lucile / 22 octobre 2017


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