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Pourquoi on y retourne ?

Publié le 14 juin 2020 par Magali

Retour à la « normalité ». C’est le sujet du moment. Difficile de se retrouver, sans en parler. Les vécus ont été très différents. Qu’on ait été totalement confiné ou qu’on ait travaillé deux fois plus, en télétravail ou à l’extérieur. Chacun sort de chez soi, comme après une hibernation, une tornade qui aurait fait des dégâts plus ou moins proche de chez soi. Avec la maladresse des membres engourdis, et sans trop savoir ce que l’on peut se permettre. On se fait la bise ? Ben non, c’est trop tôt, on en a envie pourtant. Enfin, ça dépend de qui il s’agit. Il faut retrouver ses marques. On se prépare à respecter des règles strictes et puis on se retrouve dans un magasin où tout le monde se fout des précautions, les uns sur les autres, le masque sous le menton, touchant à tout. On s’apprête à le prendre cool parce que le temps passe, on ne voit plus trop l’intérêt de se protéger à ce point et on se retrouve à devoir monter par l’arrière du bus, sans parler au chauffeur qui ne peut même pas vendre de ticket, une place sur deux marquée interdite, port du masque obligatoire.

Les soignant·e·s qui travaillent avec un masque depuis des mois, disent qu’on s’habitue à respecter ces règles de distanciation et de porter ce bout de tissus qui tient chaud et empêche de respirer...mais protège. Ce que je vois autour de moi c’est plutôt, « on essaie mais ça finit toujours par nous échapper ! ». Dès qu’on se retrouve, on a du mal à rester éloignés, à ne jamais se croiser, se frôler, se faire passer un objet. Comment peut-on imaginer que ce sera possible et souhaitable pour des enfants ?

Une amie enseignante en maternelle raconte le jour de la reprise : une petit fille se précipite vers elle pour lui sauter dans les bras. Elle réagit tout de site en criant « Non ! », en même temps que la maman de la fillette. Pétrifiée, elle s’arrête sans savoir quoi faire et se met à pleurer. C’est ça l’école ? C’est ça le retour à la normale ?

Avec la peur de la transmission du virus, la mise en place des protocoles d’hygiène, les conditions d’accueil des enfants sont encore pires que d’habitude, mais on les justifie par la situation exceptionnelle. Il y a du danger dans la balance. Pourtant la responsabilité de l’adulte est bien d’évaluer ce qui est le plus important : risque lié à la propagation du virus vs risque psychologique pour l’enfant. Qu’est-ce qui prime ? Pour un·e éducateur·trice, un·e pédagogue, la question est-elle si difficile ?

Pourquoi retourner à l’école, si c’est juste pour y être « gardé », comme un paquet possiblement toxique ? Bienvenue les petits porteurs de virus ! Vous avez le droit de respirer dans ce cercle, sur cette croix et vous ne touchez à rien. Les jeux dans la cour, sous votre nez ? On oublie, rubalisés, trop risqué...

À Bricabracs j’ai vu un enfant sauter dans les bras d’un éduc et ça m’a franchement rassurée.

 

Ca me rappelle un texte de Bernard Collot, bien avant l’épidémie « Quand allez-vous les laisser enfin tranquille » ? Un plaidoyer pour « laisser vivre » les enfants à l’école et en dehors de l’école.

http://education3.canalblog.com/archives/2018/10/31/36830865.html ; une adresse au ministre de l’éducation pour penser l’école et la société autrement, c’est bien ça l’enjeu, virus ou pas.

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