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C’est classe !

Il faisait gris, froid et humide ce jour-là, et j’étais curieuse de voir fonctionner l’école avec la contrainte météo. Tout-e enseignant-e marseillais-e sait que les jours de pluie, c’est pas facile… Qu’est-ce que ça pouvait donner dans une école minuscule ?

Déjà, on n’a pas les pieds qui fondent dans les bottes en caoutchouc, parce qu’on enlève les chaussures en entrant. Un peu comme à la maison. Les élèves arrivent au compte-goutte et vaquent à leurs occupations, ignorant les adultes qui les ont amenés et qui s’attardent autour d’un café pour bavarder avec Erwan, avec Marie-Claude.

Puis les grand-e-s se regroupent dans la salle de classe où Erwan leur donne à chacun-e le travail à faire, à continuer, à terminer, des productions de textes, des dessins à légender…
Je les laisse pour aller dans l’autre pièce où dans le coin atelier un petit manie une scie égoïne presque aussi grande que lui. J’essaie de prendre un air décontracté, mais je sens mes sourcils se froncer. C’est quand-même très dangereux, non ? Je décide de réserver mon jugement pour voir si le jeune artisan aura produit une merveille dans un petit moment et lis une histoire à un petit groupe. Ensuite mon œil est accroché par trois enfants assis autour d’une balance à plateaux et d’un sachet de farine. A ma demande, la plus grande m’explique que c’est leur groupe qui prépare le pain du jour. Je n’y crois pas trop, ça papote, ça s’éparpille, la motivation n’a pas l’air à son comble. N’empêche que j’en mangerai, de ce pain-là, à l’heure du goûter !

Et c’est ça je pense qui m’a le plus emballé dans cet espace bric-à-bracs : on a le temps. Il n’y a pas le feu. On peut prendre son temps pour s’y mettre, on peut prendre tout le temps qu’il faut pour mener à bien ce qu’on entreprend, on peut perdre du temps, le rattraper, ou pas. Et bien qu’Erwan soit bien le maître du temps, que la journée est rythmée par des rituels, les enfants disposent d’une grande liberté d’utiliser le temps dont ils et elles ont besoin et/ou envie, pour les tâches du quotidien, le travail scolaire, le jeu.
Il n’y a pas de vite-vite, dépêchez-vous. . Il y a bien une horloge quelque part, mais elle ne la ramène pas.

Erwan travaille avec des petits groupes, tout en restant disponible en cas de besoin. Bricolages, dessins, productions de textes, écriture aussi, graphisme pour des plus jeunes, numération, calcul. Pareil qu’à l’école publique. Sauf que, j’y reviens encore, tellement ça me paraît être le point divergent qui change tout, qui respecte le fameux rythme de l’enfant qui sert toutes les absurdités qu’on a pu voir ces derniers temps à Marseille dans les écoles publiques...

… Ici donc, on a tout le temps qu’on veut. Et ça permet d’y aller à son rythme, à sa façon. Et du coup on n’ a pas peur de ne pas finir à temps, ou après les autres. On peut recommencer aussi. Autant de fois qu’il le faudra. Puis une autre fois.
Et on peut choisir ce qu’on fait. Pas tout le temps. Mais pas mal de fois quand-même !
On peut sortir, on peut s’ébattre, se défouler, se changer les idées avant de s’y remettre.
Ici on ne pense pas que l’enfant fonctionne comme un petit ordinateur qu’on peut gaver de données par tranches de quarante-cinq minutes. Ici on sait que des fois, ça prendra quelques instants, d’autres quelques semaines, mais qu’au final, ça se fera. Faire confiance aux enfants. Savoir qu’étant tous différents, ils et elles apprendront chacun-e à son rythme, en son temps.

C’est classe !

Sibylle

PS : Il n’y a pas eu de blessé-e-s avec la scie égoïne en un an et demi. J’aurais pu ne pas féminiser cette phrase, les filles ne fréquentant quasi pas cet atelier. Erwan, fais quelque chose !


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