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Un Travail social et éducatif, basé sur du « travail vrai »

Un Travail social et éducatif, basé sur du « travail vrai »

Publié le 28 août 2015 par intermedes

Pourquoi dit on « Travail » devant « Social » ?, dans l’expression et nom de secteur « Travail Social ». Et pourquoi en va -t- il autant pour le terme « Educatif » dans « Travail Educatif » ?

Ce n’est certainement pas anecdotique puisqu’on insiste en nommant bien comme « travailleurs » les professionnels qui s’y emploient : « Travailleur social ».

Dans aucun autre secteur de l’activité économique , où le concept de « travail » est pourtant forcément sous entendu, on ne trouvera une telle redondance. On est ingénieur , peintre et pompier sans être appelé « travailleur » et sans que son secteur soit appelé « Travail … »

Que cache une telle focalisation sinon une absence ? Le travailleur social et éducatif travaillent ils réellement , et que nomment ils « Travail » ? Nous sommes tellement habitués à admettre le côté invisible de ce « travail » que le terme revient sans arrêt. Tel éducateur dit « qu’il travaille la confiance », tandis qu’une assistante sociale affirme « qu’elle travaille avec les familles » ou qu’elle « travaille la parentalité ».

Que peut bien vouloir dire travail dans de telles expressions ?

Plus curieux encore est cette insistance des professionnels des acteurs de l’animation, de l’éducation, et du Social qui disent toujours « travailler avec » toutes sortes de bénéficiaires, alors que justement, en milieu populaire, une caractéristique de leurs bénéficiaires est justement leur difficulté d’accéder au travail.

Que veut bien vouloir dire l’expression que je travaille avec quelqu’un alors que moi seulai un emploi et suis rémunéré pour ce que je fais ?

C’est un mensonge.

C. Freinet s’insurgeait contre la conception judéo-chrétienne du travail qui fonde nos sociétés libérales et certainement aussi notre travail éducatif et social : un travail punition, un travail – exception, un travail qui éloigne de soi même, qui se coupe de nos réalités et de nos préoccupations.

Il a mis au coeur de sa pédagogie une autre conception du travail : un « Travail-Vie », qui augmente la personne qui s’ livre, qui l’exprime et la réalise.

Ce travail là, il le définissait , non comme un statut du temps ou d’une personne (ce à quoi nous sommes habitués : « je suis employé », « je suis en poste », « je suis professionnel », « je suis en situation de travail »), mais comme une qualité d’activité : le Travail est production de valeurs et transformation de son environnement et contexte.

En Pédagogie sociale, nous nous référons à ce véritable sens du mot « travail ». Chez nous, les acteurs sociaux et les pédagogues ne sont pas définis par leur statut, leur diplôme, mais par leur activité réelle et son impact.

Nous ne « travaillons pas sur… » ; nous ne « travaillons pas avec… » : nous travaillons, c’est tout !

Les pédagogue travaillent réellement et authentiquement. Ils ne font pas des entretiens, où ils travaillent « la relation » ; leur travail n’est pas « accompagnement » ou « suivi ». Il n’est pas « contrat » ou « projet ».

Non : leur travail est production et transformation.

Chez nous les pédagogues cuisinent , jardinent, peignent, construisent nourrissent les bouches, soignent les corps. Ils réparent, lavent, très concrètement. Ils chantent , ils dansent et déclament parfois des poèmes, ce qui est un travail aussi.

Ce travail, ls le font avec enfants, les adultes , les groupes qui sont là en les invitant à « travailler » avec nous. Mais cette fois ci c’est au sens propre et réel de ce mot « travail ».

C’est ce type de travail qui nous définit, qui crée la relation et crée les groupes. C’est sur la base de ce travail là, que les collectifs qui se constituent « autour », ont du sens, de la réalité et de la « matière ».

En pédagogie sociale nous oeuvrons pour un travail social et éducatif qui soit un « vrai » travail, partagé, concret, radical et irréversible de production et de transformation.

Bien entendu, ce « travail là » si essentiel à l’Homme n’a que peu à voir avec celui du « marché du travail » .

Il a un autre sens plus puissant, plus fondamental qui a été caché , perdu, oublié, refoulé et méprisé, et que nous avons à relever. Il est « oeuvre ».

« Travail vrai » versus Vrai travail

Le secteur éducatif et social devient sans doute le lieu d’un « vrai travail », au sens de de travail ordinaire. Les conditions d’activité s’y « normalisent » et ressemblent de plus en plus à celles de l’entreprise. Postes, procédures évaluations, objectifs , qualité , méthodes, règlementations toujours en hausse… La volonté de faire du secteur social et de l’éducatif un espace de « vrai travail » n’a jamais été autant revendiquée et illustrée. On parle de plus en plus de : burning out, boring out, turn-over, … Ici comme ailleurs, le « vrai travail » s’accompagne de « souffrance au travail ».

Nous voudrions plutôt y trouver un « Travail vrai » : un travail où on irait au bout des choses, où on ferait vraiment ce qu’on dit et qu’on prétend depuis longtemps, sans jamais vraiment oser le faire ; où on mettrait en accord nos nos actions, avec ce qu’on est ; où on mettrait du sens y compris dans les petites choses. Un travail où on ferait preuve d’authenticité


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