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Causeries

Le cycle COOP E²B n’a qu’un œil

aux penchants bien hurlants...

Une histoire de cycle dont on sait qu’ils vont opérer sans que l’on sache avec certitude quand.
Nous venons de voir comment réutiliser du papier avec Yasmine. Nous savons déjà comment transformer nos détritus végétaux par le compost d’Aline et Nidal. On écrit sur des feuilles récupérées… le cycle des glaneurs et de la transformation.
Mais il n’y a pas que les matériaux qui entrent dans notre « ressourcerie ». La matière grise elle aussi est reprise, empruntée à d’autres, transformée, digérée, réutilisée à notre manière dans notre contexte. Freinet, Korzcak, Collot, Calvi, LeBohec, Freire, Faure et la ruche, Bonaventure, les Cemea, les Eclaireurs, Jacotot et son maitre ignorant, l’ICEM tendance ecole du 3ème type et pédagogie sociale, les vieux copains qui nous glissent dans la main les pensées raffinées… j’en oublie certainement et j’en découvrirai d’autres. Nous n’inventons pas grand-chose des principes et des outils. Ils existent déjà pour la plupart mais ils sont niés ou galvaudés par l’institution d’État. Ses dirigeants semblent se méfier de l’émancipation du peuple par la construction d’un apprentissage concret de la pratique démocratique dès le plus jeune age. Je cherche dans ma mémoire l’inspecteur de l’éducation nationale qui m’aurait tenu un discours volontaire et imposant, sur les pratiques de décision collective, la coopération réelle, – et non ces boites noires de coopérative scolaire que l’on trouve souvent dans l’école d’État - les pratiques de solidarité, de concertation, de création de cadre de vie codéfinie, les pratiques d’individuation nourrissant réciproquement le collectif et la personne, la diversité des savoirs à aborder, etc.
Or cette longue construction sociale de pensées et d’agirs participe aussi de la capacité d’individus à reconnaître la bête immonde même, ou surtout, lorsqu’on est en situation économiquement difficile.
Nous ne faisons là aussi que recycler d’anciennes idées d’actions qui ont du mal à être soutenues.
Et pourtant … de l’école mutuelle à nos écoles démocratiques, la même démarche se renouvelle soutenue par des personnes attentives à ces choix de politiques éducatives. Nous réécrivons encore et encore nos lettres à la maitresse de Barbiana, en cycle générationnel.

Deux enfants avaient lancé l’idée d’un spectacle. Une première représentation fut improvisée rapidement. Le désordre peut vite devenir un cahot. Nous n’en étions pas loin. Je proposais un outil pour glisser un peu d’ordre. Une deuxième représentation eut lieu quelques jours plus tard avec nos deux stars initiales accompagnées d’une présentatrice et d’une troisième artiste. J’avais aidé à ce nouveau cycle, cette nouvelle digestion de ce qui devenait un projet. Le savoir faire d’organisation résidait dans la simple mise en forme d’un tableau à 3 colonnes. Je rappelle là, le multiage de 4 à 8 ans auquel je suis confronté. Deux ou trois semaines plus tard, le recyclage se poursuit. Cette fois ci je suis mis de coté. La troisième artiste prend en main le tableau en s’inspirant de l’ancien archivé et de celui utilisé tous les jours pour le repas. Le groupe de musique devient orchestre. Il passe du duo aux sept têtes et change de présentatrice.

Tout se transforme ...

Des cageots posés là. L’autorisation de les utiliser est donnée. Les premières constructions apparaissent. Le lendemain je force un jeu avec trois enfants. Certains équilibres trouvés au cours de ce jeu réapparaissent les jours suivants car nous les avons mis en valeur au près du collectif en regardant le site internet. Et puis quelques jours plus tard c’est un autre lien que l’on ressort des archives de nos mémoires. Ils construisent un mur avec les cageots en les empilant les uns au dessus des autres. Je leur montre la fragilité de cette technique et les interroge sur une autre solution. Quelque chose qu’on aurait déjà fait ailleurs. L’idée réapparait. C’était une construction avec les légos. L’un d’eux s’en souvient. On démonte et on reconstruit sous sa direction.

… rien ne se perd.

Notre ancien décor de théâtre prend de la place. Il gène nos voisins qui nous le renvoient. Il m’ennuie aussi, je ne sais pas quoi en faire. A la fois j’aimerais qu’il soit visible pour faire archive et en même temps on n’a pas la place pour le laisser en accès libre. Je finis par l’accrocher.
Le matin même, à la vue de ce décors, 3 gamins reprennent les marionnettes et se réinventent le Romeo et Juliette joué par les plus âgés voici 6 semaines ! Puis deux autres se greffent. Ils m’interpellent. On veut faire une pièce de théâtre. Bien, d’accord, mais il faut que vous vous mettiez d’accord sur l’histoire et que vous dessiniez tout cela. Quelques minutes plus tard. Voilà, on a fini. En fait de récit, ils ont dessiné leurs personnages et ils m’indiquent qui est qui. Parfait, je comprends bien qui vous êtes, mais l’histoire je ne comprends pas. Deux ou trois chamailleries plus loin, moi je sais moi je sais… je les renvoie à leurs études. Mettez vous d’accord. Ce qu’ils font au bout de 5 à 10 mn. On se retrouve, ils me dictent l’histoire et je les renvoie vers le dessin, chacun ayant à dessiner une scène de son choix afin que l’on ait le déroulé en image. Les plus habiles peuvent écrire un titre aussi. On regroupe le tout et cela fait un article pour le site.
Cependant, tout ce beau début d’individuation et d’obligation institué par l’éducateur doit prendre fin, l’appel du ventre étant là. La suite ? Elle n’a pas encore eu lieu, mais je peux presque l’écrire. Soit ils reprennent en main leurs dessins, leurs histoires mais avec les marionnettes. Alors on pourra recycler les dessins en photographiant des personnages en action et puis peut être passer à des décors et une mise en voix. Mais il faudrait alors reprendre la plume pour les paroles. Peut être faire appel à quelqu’un qui s’y connaît mieux que moi en mise en scène aussi...
Sur ce dernier point, l’idée a déjà été lancée par les plus grands. Mais ils ne sont pas passés à l’acte de contacter notre metteuse en scène ! Soit ils ne reprennent rien de ce qui vient de se passer, alors peut être que je relancerai l’œuvre au milieu de la pièce, histoire qu’ils glissent dessus comme un rappel à leur bon souvenir.
« [l’]interaction permanente entre le savoir déjà là de l’individu et celui porté par les autres permet tout à la fois de relativiser les enjeux de pouvoir et de lier sans cesse l’histoire de l’individu, son savoir propre et celui des autres. Elle permet de construire des individus impliqués dans la construction de savoirs communs. C’est ainsi que le collectif a du sens, quand il porte en lui la trace des individus qui le construisent. »1

Encore faut il que ces individus laissent une trace, donc s’y risquent, osent, se retroussent la manche, dans la maladresse du gauche, peut être, mais se la relèvent, le montrent, le disent, le crient, le hurlent, passent le relais le cas échéant… , qu’ils soient adultes ou enfants.
Dans ce qui vient de se dire dans ces quelques lignes, il n’était pas question de problématiques économiques, d’échéances temporelles, d’emplois à créer, de décisions imparfaites à prendre pour hier, d’aigreurs humaines et de pouvoirs faire insatisfaits, d’absences, de lacunes, d’êtres vacants là où une présence pleine ne suffit qu’à peine, ni même de construction d’un collectif aux intérêts hétérogènes …
Alors, imaginez juste un peu les dessous de ce cycle-on …
4 mois de navigation tout feu tout flamme.
L’horizon proche de ce projet balbutiant, c’est dans 4 mois. Demain.
La balle est du coté des adultes. Les bambini, eux, ils traceront leur route, avec ou sans nous.

Cycle, encyclopède, hic, re cyclo, si clame l’heure, clameur …
clap, et clap et clap et clapo, et clape l’eau et clap haut, clap peur…

Erwan,
Marseille le 16 décembre 2015

1 Emmanuelle Py, p61, in L’école ou l’impossible apprentissage, Réfraction N°35.


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