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Causeries

Premières impressions à Bricabracs

Le 23 septembre 2019

Jasmine a 7 ans. Nous sommes arrivés
à Marseille en janvier 2017, elle avait alors 5 ans.

Le changement d’école fut
douloureux et difficile.

A Lille, elle avait de très bons
amis avec qui elle se sentait libre et bien.

Arrivée à Marseille, elle a mis du
temps à se refaire des copains et les relations n’étaient pas
sincères. Elle s’est beaucoup éloignée d’elle, de ce qu’elle
était, de ce qu’elle aimait.

Jasmine qui avait bien cultivé son
petit monde imaginaire, ses jeux et sa perception des choses s’est
trouvée confronté au regard nouveau d’enfants qui ne la
connaissaient pas. Elle s’est alors transformée, copiant les
expressions, le langage, allant même jusqu’à faire et dire des
choses dont elle ne saisissait pas le sens.

Scolairement parlant, c’était
selon ses maîtresses l’enfant modèle. En effet, elle ne disait
rien, faisait tout bien comme il faut (s’adapter, coller aux
attentes des autres) et en fin de compte, bien loin de la petite
fille joyeuse, simple et spontanée que nous connaissions. Elle qui
laissait volontiers libre cours à son imagination semblait presque
éteinte de ce côté, laissant sa créativité de côté.

Nous mesurons aussi que nous même
nous étions dans cette situation à devoir nous adapter, à exiger
sûrement de nos enfants qu’ils s’adaptent…

Bref… courant CP nous ressentions
la nécessité d’intervenir et de proposer autre chose mais
franchement, on ne savait pas quoi…

Et puis, les bonnes rencontres ont
fait que nous sommes tombés sur bricabracs. D’abord, on s’est
juste dit, quelque chose comme « original ce projet ».
Mais j’ai acheté le livre. On l’a parcouru, un peu en diagonale
parfois mais très vite, on s’est dit, « c’est ça !! »

Et puis on s’est lancé.

Et Jasmine s’est très vite, trop
vite ?? adaptée 

Le covoiturage a aussi bien joué
car Jasmine se sent plus en sécurité en groupe restreint et du coup
d’abord être avec 3 enfants puis avec toute la classe est quelque
chose qui la rassure.

Ensuite, à l’issue des premières
journées passées à bricàbracs, on ne sait pas vraiment ce qu’ils
font exactement de leur journée, « on a fait du pain »,
« j’ai fait mes fiches », « on a joué »,
voilà à peu près tout ce que nous savons. Mais ce n’est pas là
que semblent se jouer les choses. en 3 jours de temps, on a une
enfant qui est passée de l’enfant modèle, exemple en soirée,
reste tranquillement sur sa chaise, s’occupe de son petit frère…
à une enfant en soirée que nous cherchons et qui rit aux éclats
perchée sur un arbre avec son petit frère qui tente désespérément
de suivre le mouvement. Dès le 2ème jour alors qu’elle
rentrait avec la fine équipe du covoiturage elle rigolait à pleine
voix, courait à droite et à gauche… trouvait tout super… On a
aussi découvert un champ lexical bien garni que nous pensions quasi
inexistant… que dalle !!! bon, on ne met pas tout sur votre
dos.

On voit que ça bouge, et c’est ce
que nous souhaitions. Ne pas rester dans le statu quo de l’éducation
bien pensante disciplinée disciplinaire disciplinante disciple-iante
disci-con-pliante.

Bon là, on se dit parfois,
maintenant va falloir canaliser le truc ,
mais on sent que ce sont plein de choses qui sont en train de
changer, et cela nous donne l’impression plutôt que tout en elle
est en train de se rééquilibrer, selon un schéma et un
ordonnancement que nous ne connaissons pas, mais qui a priori est
plutôt cohérent avec ce que nous espérions voir advenir dans son
existence. On se sent plutôt en confiance face à ce nouvel ordre
qui parfois passe par (heureusement, enfin !) un joyeux
désordre.

Justement on sent que parfois bien
plus qu’auparavant certaines des limites qu’elle se fixait
inconsciemment (ou bien les frontières de certaines zones à
l’intérieur desquelles malgré nous nous pouvions avoir tendance à
la cantonner) volent en éclats, non sans quelques dommages
collatéraux, mais on sent que les choses se passent et demeurent à
l’intérieur d’un périmètre aux contours bien délimités,
malgré le fait que nous ne puissions les voir nous-mêmes. Du coup
on accompagne comme on le peut, du mieux qu’on peut en fonction de
l’énergie du moment, on est parfois surpris, parfois
déstabilisé-e, souvent enchanté, très rarement voire pas du tout
déçu, en tous les cas c’est que (ou presque) des choses
positives.

Sinon ce sont des tas de
changements, après 15 jours, que l’on observe, que l’on perçoit,
que l’on ressent. Elle s’émerveille d’avoir vu un écureuil,
d’avoir touché les vers de terre, alors qu’auparavant pour nous
enfants de la campagne qui avons une relation plutôt simple, facile
et heureuse avec la nature, on trouvait dommage de la voir se
désintéresser des animaux, sauf momentanément de ceux qu’il
était de bon ton pour une petite fille modèle d’affirmer
apprécier.

Voilà, on balance tout un peu en
vrac, mais c’est tellement impressionnant et prometteur, plein
d’espoir, tout cela, qu’en ce moment on se sent un peu
euphorique, et on a envie que ça continue comme ça un bon bout de
temps. Parce qu’il se passe des trucs… Inimaginables il y a
encore un mois encore. Pour aller dans le concret, un exemple qui en
dit long sur ces effets que l’on voit et que l’on lit déjà :
Jasmine, sans être phobique sociale, s’est souvent présentée et
se comportait en groupe comme quelqu’un de timide, qui avait
tendance à suivre, et qui semblait craindre d’exprimer ses idées
et ses envies en groupe, ce qui impliquait qu’elle jouait aux jeux
des autres, à la place qu’il voulait bien lui laisser. 15 jours
après la rentrée de bricabracs, des amis à nous fêtent leur union
au cours d’un weekend à la montagne. Et là, pendant la soirée,
Jasmine se met à s’occuper de plusieurs enfants, joue avec eux,
s’occupe d’eux (une bonne partie sont plus jeunes), et soudain,
l’inimaginable se produit : elle vient au-devant des adultes,
et par deux fois dans la soirée, nous annonce que les enfants ont
préparé des animations (c’est elle qui a mis au point scénario,
dialogue et scénographie). Elle organise la promo de son show tant
et si bien qu’un groupe assez conséquent d’adultes y assiste. Et
90 minutes plus tard, ça recommence, il y a des ratés, les gosses
sont fatigués, ils oublient leurs « textes », mais ce
n’est pas grave, elle ne se laisse pas démonter, elle est aux
anges et sa bonne humeur est communicative pour le public qui
assiste.

Rien que ça, en soi, c’est un
événement suffisamment révélateur intrinsèquement de changements
profonds dans sa subjectivité, son rapport à soi, aux autres, au
monde. Tout ça semble positivement affecté, et ça, pour nous,
c’est une victoire et un motif de réjouissance déjà extrêmement
important.

C’est une chouette aventure pour
notre enfant et pour nous tous.

Ah j’allais oublier, j’ai
participé à la première réunion de parents et l’ambiance était
super. Le tout sérieux et décontracté, hyper engagé et engageant…
bref, ça ne doit pas se faire à bricabracs mais je me permets le
fameux 10/10 ou Vert !!! aller, soyons fous… rose, « Nickel
quoi » comme on dirait dans le nord…

Merci à toute l’équipe bricabracs et tous les enfants et parents !!

Les parents de Jasmine


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