Causeries

Assolement

Tiens attends, ça recommence. Comment ça ça recommence, encore, t’es sûre. Oui, faut y aller, sors les marteaux les idées les machines à coudre à café à écrire à désirer, sors tout le fourbi et sors de ton sentier il est battu. Faut encore s’asseoir et marcher et parler et rire et argumenter et raquer et biner et semer. Faut encore, mais c’est la troisième fois, la troisième moisson c’est une autre forcément, pas les mêmes maïs pas le même soleil ; l’assolement triennal tu sais ça a été inventé il y a bien longtemps au début du XIXe siècle, c’est le nom intrigant qu’on a donné à ce qui se faisait tranquillement depuis le haut Moyen Âge (voire l’Antiquité tardive, remarque) : on coupe en trois, on fait tourner, y’en a toujours un qui repose, histoire que ça lève plus tard, comme la pâte à crêpes — dis pas ça, ça va faire des fiches et des expériences et des questions sur des sites sur des machins qu’on sait pas, des bouteilles de coca qui veulent exploser et des vagues dans des bassines qu’on devrait mettre en équations — ben c’est un moyen vachement futé de faire du bon avec de la jachère, avec de l’improductif qu’on laisse tranquille. Et l’improductif ça nous connaît, on a été payés bézef à l’être pendant plein de journées, on en a pas foutu une rame, sauf de papier, dans les rouleaux. Ça recommence, donc les doigts dans l’encre, les doigts bleus rouges et pas blancs, les doigts tout pas nets qui te font te demander où il et elle a laissé ses empreintes, quelle déposition elle et il a faite aujourd’hui et qui a bien pu les garder, leurs papiers. Sauf que tu les vois, le soir. Oui je vois les photos, et les commentaires, mais ça c’est rien que les éducs qui nous racontent des histoires. Les éducs, c’est des serpents à sornettes dans le jardin des Baumillons, il et elle persifle et complote et ourdit, on peut pas grand’chose à leur foutue pédagogie. Peut-être qu’il n’y a rien qui pousse dans leur jachère sur la colline, et il et elle fait rien qu’à planter des cailloux et ça les fait marrer, ça les fait tous marrer là-haut en rang d’oignons d’aller foutre la douche sur les légumes du jardin d’en-bas, et puis ça recommence, mais comment il et elle a fait pour qu’on ait même pas l’impression que c’était tout pareil.

Toi, tu serais pas libertaire, dis. Si liberterre tu veux dire semer des graines à la dynamite dans des falaises de calcaire où il ne pousse rien que du prévisible, et puis attendre en espérant soit que les oiseaux les bouffent et inventent d’autres chants, piou-piou et trille-trille, que le blé sauvage monte en herbe et fasse craquer les rochers ou que le monde ancien disparaisse sous les sauterelles, alors peut-être que j’en mange, du pain de ta définition. De la meilleure eau et d’un peu de farine on fera des carnavals de toute saison. Vas-y, enfourne. 


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