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Causeries

Publié le 1er février 2020 par KarimaP

L’histoire de Muhammad à Bric à brac

L’histoire de Muhammad à Bric à brac


En 2017, une amie m’apprend qu’une école alternative existe vers chez moi. Elle me donne le nom pour que j’y travaille, car elle sait que je m’intéresse à l’éducation et je voudrais faire une conversion professionnelle. Je décide donc d’aller voir sur le site de l’école ce qui se fait et je n’accroche pas tellement, disons que je m’attendais à autre chose.

Entre-temps, je scolarise mon fils dans une école à côté de chez moi (en petite section) car je n’ai pas pu l’inscrire dans une école Montessori. Je me dis que je n’ai pas le choix et que de toute façon je le suivrai de très près pour m’assurer de la garantie de son apprentissage et de son épanouissement. Au début, Muhammad qui a été pendant deux ans dans une crèche, s’intègre très bien et aime aller à l’école. Puis les jours passent vite et je remarque qu’il pleure de plus en plus pour aller à l’école et que tous les matins il me demande quelle maitresse il aura aujourd’hui. Quant au soir, à chaque fois que j’allais le chercher j’avais la boule au ventre, je devais tout le temps lui ramener quelque chose pour échapper à l’explosion. Cet état n’était rien d’autre que le cumul du stress, de trop de consignes et de la fatigue de la journée, alors quand il voyait sa figure d’attachement (moi) il explosait, il pleurait pour tout et rien et dès notre arrivée à la maison il voulait les dessins animés. Ne pouvant pas changer cette situation, j’ai dû laisser Muhammad finir son année scolaire dans cette école tout en continuant à chercher une solution pour l’année prochaine.

Mais le temps passe vite et n’ayant pas trouvé une solution autre que l’école publique ou privée inspirée du public, j’ai dû prendre une décision radicale : le déscolariser. C’est ainsi que Muhammad a passé la moyenne section sans aller à l’école.
Mon mari et moi avions envie qu’il continue à être en contact avec d’autres enfants, de préférence de tout âge, et qu’il compense le manque d’amis de l’école par d’autres amis notamment par le biais du sport et de multiples sorties. L’année s’est passée comme ça, entre sorties et sports 3 fois par semaine, mais j’étais convaincue qu’il lui fallait autre chose et c’est à ce moment-là que je me suis rappelée l’école alternative pas loin de chez moi dont ma copine m’avait parlée : « Bric à brac ». J’ai donc contacté l’école et à la suite de l’invitation d’Ewan, nous sommes allés, Muhammad et moi, passer une matinée avec les enfants et éducateurs-enseignants de l’école.

En voyant Muhammad interagir avec les autres enfants, j’avais l’impression qu’il a toujours été scolarisé à Bric à brac. Il s’est vite intégré et essayait d’imiter ce que font les autres enfants. A la fin de la matinée, il m’a dit qu’il voulait revenir à cette école et que c’était trop bien car il a travaillé dans le jardin et il a enfoncé des clous dans un arbre. A mon retour, sans être vraiment comblée par l’aspect visuel
intérieur de l’école (c’était mal rangé et pas assez lumineux à mon goût), je décide tout de même de faire une préinscription pour l’année 2019/2020. Puis quelque temps après, Erwan me dit qu’une place s’était libérée en grande section si je voulais toujours scolariser Muhammad à Bric à brac. J’ai un peu hésité, mais je savais que c’était ce genre d’école qui lui fallait et que de toute façon on pourrait tester un an pour voir comment ça se passe.

La veille de la rentrée, j’avais beaucoup d’appréhension. J’ai été assez stressé à l’idée de le remettre dans une autre école, je me posais beaucoup de questions : est-ce qu’il va pouvoir s’adapter au rythme de l’école après avoir passé une année à se réveiller et se coucher par rapport à son rythme biologique ? est-ce qu’il va s’entendre avec les copains plus âgés que lui ? est-ce qu’il va accepter une nouvelle autorité qui n’est pas encore légitime à ses yeux ? est-ce
que la séparation entre nous deux ne serait pas violente pour lui ? ne va-t-il pas ressentir que je l’ai abandonné en le mettant dans une école ? . Mais à ma grande surprise, le jour de la rentrée, Muhammad me poussait à partir, la séparation était finalement plus dure pour moi que pour lui.

Au fil des mois, j’ai remarqué que Muhammad se plaisait bien à Bric à brac, il a toujours du mal à démarrer la journée surtout quand il se couche après 20h30, mais le soir quand je vais le chercher il refuse d’y aller tout de suite, il me demande toujours de rester 5 minutes et puis les 5 minutes se rallongent pour en devenir 30 minutes voire plus. J’entends de sa bouche aujourd’hui des phrases comme « tu sais maman, Erwan et Charles sont gentils, ils nous disent que ce n’est pas grave si on se trompe et que c’est bien de réessayer à nouveau ». Que ce soit mon mari ou moi, nous sommes contents de le voir épanoui dans son école et avec ses copains, nous sommes également rassurés de savoir qu’Erwan et Charles sont des personnes qui aiment profondément leur travail et qui sont là par passion et non pas par obligation. Ils ont su nous mettre en confiance au point de laisser notre enfant passer une nuitée à l’école avec ses copains et éducateurs-enseignants malgré toutes nos réticences. Nous
attendons notre deuxième enfant et espérons de tout notre cœur que
Bric à brac continue d’exister pour l’accueillir quand il sera en âge d’être scolarisé. Nous n’imaginons plus Muhammad dans une autre école malgré toutes les difficultés financières auxquelles Bric à brac fait face.

Aujourd’hui, je dirais que Bric à brac est une école où les enfants s’expriment librement et s’épanouissent tout en respectant les règles du collectif. Leur liberté est respectée et leur parole est prise en compte et a la même valeur que celle de l’adulte. De l’autre côté, ce que j’apprécie le moins c’est le langage qu’échangent certains enfants entre eux et qui reste, à mon goût, assez grossier. Mais je sais que les éducateurs travaillent avec les enfants sur cela.

Pour conclure, je souhaite que Bric à brac dure le plus longtemps possible et que d’autres enfants puissent profiter de ce modèle éducatif respectueux de l’enfant.

Karima, 30/01/20

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